Après un séjour de plusieurs mois à la Martinique, me voilà de retour à Paris. Je dis « je suis rentrée ». J’y pense et puis je souris. Le mot rentrer en français n’est autre chose qu’un retour chez soi. Or, je ne suis pas rentrée chez moi. Car chez moi, c’est la Colombie, voyons. Tout le monde le sait ça ! Quoique… et si chez moi n’existait plus ? Je veux dire, la Colombie existe, mais est-elle encore chez moi ? Et si rentrer au bout d’un certain temps n’avait plus de sens ? Attention billet philosophique, vous voilà prévenus!
Je suis Ulysse ou bien Abraham ?
Le premier rêve tout le long de son voyage du retour. Le second, en exil, découvre le monde et construit sa vie ailleurs. Ulysse et Abraham sont la synthèse de deux grandes façons de voyager, ou de vivre.
Et si l’on vous demandait de choisir entre vivre comme Abraham ou comme Ulysse ?

Selon le philosophe Emmanuel Lévinas, Ulysse fait un voyage à l’intérieur de soi, du Même, tandis qu’Abraham s’ouvre à l’Autre, à l’étranger.
Pour Abraham, l’appel de l’Étranger invite à la folie du voyage sans retour, marche sans fin sur une terre qui est toujours d’Exil. L’expérience essentielle n’est pas celle du recueillement et de la sérénité, mais celle du départ et de la rupture. La terre s’ouvre aux dépaysements, plus qu’à l’habitation sédentaire, le déracinement l’emporte sur l’enracinement, les rapports entre hommes apparaissent plus urgents que l’invocation de l’Être.
Le désir d’Abraham n’aspire pas au retour, car il est désir d’un pays où il n’est pas né. D’un pays étranger à toute nature, qui n’a pas été sa patrie. Ulysse, lui, rêve de sa patrie et ne fait que voyager pour mieux revenir.
Je médite sur ces deux personnages, mais je sens que chez Lévinas tout est déjà dit et jugé : Abraham serait le plus courageux de deux, car il se bat pour sa liberté et va découvrir le monde sans regrets. Ulysse passerait pour le lâche de service. Mais la liberté d’Abraham est peut être plus lourde à porter que le doux désir d’Ulysse de rentrer chez lui, à son Ithaque natale… Abraham est toujours avide d’un désir non abouti, qui se nourrit de sa propre faim, car il n’arrivera peut être jamais à une fin convenable. Tiens, peut être qu’Abraham, lui aussi, cherche son Eldorado..
Et pour ne pas vous laisser sur une note trop mélancolique après une absence si prolongée, un peu de musique s’impose! Toujours dans le sujet d’Ulysse tout de même!!
sources : ”totalité et infini” Emmanuel Lévinas, “Heidegger et l’hymne du sacré” Emilio Brito
Bonjour, Bonsoir!!
Pendant que vous lisez ce message, moi je serai embarquée en plein voyage: dans le monde parallèle du check-in, du poids des valises, des décalages horaires. C’est fou qu’il me suffise de 8 heures pour changer de monde ! Car la Martinique c’est bien un autre monde !
Hé oui! je rentre définitivement à Paris, berceau du oh là là. Comme je n’ai pas eu le temps de dessiner quoi que ce soit, je triche en vous laissant une vidéo très sympa sur les clichés français et parisiens!
Ah! J’oubliais de vous dire que Maya a été faire un tour sur rue 89, avec l’article sur l’expulsion des étrangers, qui s’est retrouvé à la une vendredi dernier. Les commentaires suscités sont, comme dirait une copine, édifiants…
Peut être que dans quelque temps, avec un peu de recul, je vous raconterai la face cachée de la Martinique, enfin, peut être.
Je serai sans doute un peu absente au début, déménagement oblige!
à bientôt sur Paris!!
Maya
Stupéfait, il demanda à Ursula si tout cela était vrai, et elle lui répondit qu’en effet, bien des années auparavant, les gitans étaient venus à Macondo avec ces lampes merveilleuses et ces tapis volants.
- Ce qu’il y a, soupira-t-elle, c’est que le monde va finissant peu à peu, et ces choses-là n’arrivent plus.tiré de “Cents ans de solitude” de Gabriel García Márquez
Le monde finit par sortir, cette semaine, pour les 85 ans de l’écrivain Colombien, une version e-book de son chef d’oeuvre cité ci-dessus. Et moi dans ce monde, vous glisse un petit lien où vous trouverez une de ses nouvelles en entier, “la lumière est comme l’eau”.
Bonne lecture, bon dimanche, bon anniversaire Gabo!
Maya
PS: Ceci était ma participation à la photo de la semaine chez Magda.


Aujourd’hui Eldorado s’indigne. En tant qu’étrangère, avec un titre de séjour que je dois renouveler tous les ans, à chaque fois que j’entends de nouvelles mesures aux infos, c’est la peur. Est-ce que telle ou telle autre nouvelle mesure sur l’immigration me concerne? Pourrai-je rester longtemps encore en France ? Serai-je obligée de rentrer en Colombie alors que je n’en ai pas envie?
Tous les ans et ce depuis sept ans, je vais à la préfecture. Mais chaque fois c’est encore plus éprouvant que la fois précédente. On me demande de plus en plus de justificatifs, on me fait attendre de plus en plus pour une réponse. Je vis un véritable moment d’angoisse à chaque rendez-vous, alors que je ne devrais pas. J’ai fait mes études en France, je travaille, je suis en règle avec mes impôts et tous mes papiers sont authentiques. Et pourtant je me sens comme si j’avais fait quelque chose de mal, comme si l’on pouvait me demander de quitter le territoire, comme si j’étais en tort. La méfiance que la préfecture a vis-à-vis de moi, et de tout étranger désirant faire sa vie en France, a fait son chemin en moi. Je ne m’étonne donc plus de tous ces papiers qu’on me demande. Je trouve ça presque normal qu’on me soupçonne…
Oui, car on est habitués à vivre dans la peur, nous autres étrangers. La peur qu’un gouvernement, une loi, une prime pour les préfets qui augmentent les quotas d’expulsion, nous touche et mette fin à notre projet de vie en France. Car derrière ce titre de séjour il y a quelqu’un, qui a des rêves, des projets, qui partage sa vie avec quelqu’un, et non pas seulement un numéro de plus, un immigrant de plus !
Je vous recommande donc la lecture de cet article sur la barbarie de l’expulsion des étudiants étrangers en France si vous n’êtes pas au courant de ce qui se passe, ou si vous voulez comprendre un peu mieux la situation.
Je vous prie aussi de ne pas voter pour ces candidats dont les promesses de campagne sont basés sur la peur de l’immigration, sur la fermeture aux autres sous des prétextes de crise.
Je rêve de continuer ma vie dans un endroit qui accueille les étrangers à bras ouverts, sachant qu’ils ne sont pas une menace mais une richesse pour un pays qui saura vivre en paix avec la diversité et la mixité de cultures. Alors, toi qui as le droit de vote, aide-moi à continuer mon rêve en votant pour une France Eldoradienne ouverte aux autres !
Merci! ¡Gracias!
Maya
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Eldorado où ça??
Je suis Colombienne, traductrice, expatriée, enchantée de vous croiser ! Eldorado c'est le pays des rêves que je suis partie chercher, après Bordeaux et la Martinique me revoilà à Paris !La newsletter de Maya
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